Démarche artistique

 

Pour moi, l’art est un reflet de la société donné par des hommes et des femmes qui vivent cette société. Il est protéiforme, personnel, multiple, en constante adaptation, évolution. Il est l’incarnation d’une pensée, le désir de faire exister un esprit, des ressentis. L’artiste est à la fois libre et prisonnier de la société dans laquelle il vit. Sa mission n’est pas de donner des réponses, mais de donner à voir, d’interroger/ de s’interroger, d’interpeller/de s’interpeller. Reconnu ou pas , il laisse une trace que seul le temps saura catégoriser, comprendre, apprécier.

Mes recherches plastiques sont le reflet de mes interrogations et réflexions sur le monde que je vis. Quête personnelle qui est une forme d’analyse. Je peins parce que c’est un mode d’échange qui me convient. Je le fait dans un premier temps égoïstement... pour moi. Puis je le sors de l’atelier... et le donne…. À voir, à comprendre.

 

 

Ma production est intimiste. Elle dévoile mes pensées, mes croyances, mes engagements. Chaque création est un point infime qui est le départ d’une autre réflexion, d’une autre recherche. De point en point la ligne se créée et mon chemin se dessine.

J’aime à penser que, comme le Griot qui est le gardien de la transmission orale, l’artiste transmet sa façon de voir le monde. L’image qu’il produit, perpétue un savoir ancestral.

L’art est une question d’esprit. Pensée c’est exister. Créer c’est penser, exister et donner.

Donner, implique de ne plus se soucier du don. Une vie propre s’ouvre à l’œuvre qui n’appartient plus au créateur, mais à la société qui va la recevoir… Quelle qu’elle soit.

 

L’art, dans notre société, est un moyen de gagner sa vie. Mais c’est aussi une action commerciale, un show, une production esthétique qui séduit l’acheteur. Comme tout bien, il crée l’envie. La qualité de l’artiste, sa place dans la société vont faire du prix de vente de sa production la possibilité de correctement gagner sa vie… ou pas !

 

La création, l’œuvre doit cependant dépasser le mercantilisme. C’est, pour moi, une activité noble qui a pour but d’élever l’esprit. L’idée, la beauté, l’expression touchent le spectateur et le fond voyager dans un monde qui n’appartient qu’à lui…

Les recherches que laissent les artistes sont autant de pistes que les successeurs pourront étudier et transformer à leur guise.

car c’est laisser une trace... des éléments qui permettront à d’autres artistes de continuer la piste.

 

Il faut parfois savoir faire des concessions pour pouvoir développer l’ensemble de ses recherches. J’aime croire que je laisse des indices qui, je le souhaite, rassemblent des éléments passés, présents qui constitueront les recherches de demain d’un autre artiste.

 

J’associe l’image à un code visuel qui ouvre sur des recherches, des questionnements. Ce qui se voit est d’égale importance que ce qui est dissimulé sous de nombreux voiles… C’est un reflet... Je me sers d’une certaine réalité pour emmener le « regardeur » dans un univers connu du moins en apparence, mais empli de symboles. L’esprit peut alors se laisser porter, au gré de l’imaginaire, de la sensibilité et ainsi voyager dans un monde intérieur qui lui sera propre. Le symbole agit comme une pierre à différentes facettes. On ne peut appréhender en une seule perspective l’ensemble des éclats. On doit prendre le temps pour l’observer, le comprendre. Chacun l’aborde alors suivant sa culture, sa sensibilité, sa personnalité. L’image est hermétique ? Incompréhensible ? Peu importe… l’image s’impose telle qu’elle est. Mon travail artistique tourne autour de l’importance de la géométrie en tant que support de l’image. Tracé générateur d’énergies, de forces. Chaque élément est bâti suivant une structure logique. La toile devient reflet… Reflet du monde, macrocosme relié au tout. Reflet de ma propre personnalité qui s’impose dans cette image à la fois impersonnelle et totalement intime. Reflet de l’autre qui, par son regard, reçoit l’image et peut à loisir la personnifier. Alors la toile n’a plus de limite et vit au travers de l’esprit de celui qu’elle a touché.

 

 

L’image est pour moi un code qui ouvre sur des recherches, des questionnements. Et l’esprit curieux peut alors se laisser porter par son imaginaire et sa sensibilité et ainsi voyager dans un monde intérieur qui lui sera propre. Je ne suis qu’un passeur  qui aime penser que chacun puisse trouver dans mes toiles un moment d’apaisement, d’interrogation, d’éternité en suspens.

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L’enluminure, du latin « enluminare », mettre en lumière, en couleur des lettres, des traits.

 

La lumière modèle le volume, donne l’atmosphère et crée le ravissement. Elle est indissociable de l’obscurité et est investie du sacré dans la plupart des cultures.  J’aime l’associer au trait.

 

Le trait fait référence à une codification. Comme l’écriture qui codifie le son, le trait est le moyen de signifier la troisième dimension. Il manifeste les prémices du volume sur une surface plane en deux dimensions, la toile. Il est l’ossature discrète de cet art presque invisible qu’est la composition. Il rend visible l’idée. Il structure.

 

Lorsque la lumière s’unit au trait, l’image parait, chargée d’intentions. Elle devient histoire. Elle s’incarne…

 

Mes recherches s’articulent autour de trois voies :

Le Médiéval :

 

une recherche directement inspirée de l’art roman, de la littérature moyenâgeuse, des mythes et des légendes. L’image n’est qu’apparences. Parfois trompeuse, elle recèle plusieurs voiles que l’on peut soulever si l’on arrive à percevoir l’autre côté. Alors l’esprit  discerne le symbole incarné dans une réalité. Plus qu’un bestiaire, des arabesques, un chevalier ou une gente dame l’image renvoie à un ailleurs, un « temple où de vivant piliers laissent parfois sortir de confuses paroles » (Baudelaire).

 

“L’histoire est du vrai qui se déforme, la légende du faux qui s’incarne.” Henry Miller

 

Le corps féminin : une recherche sur l’incarnation.

A la fois déesse mère, amazone, protectrice, ou séductrice, le corps de la femme me permet d’explorer  le sacré, la chair. Nu, il se dévoile, se voile de matières, de couleurs. Ses formes rondes génèrent l’envie et  le questionnement. Autour d’elle une histoire, toujours. Mais que voit-on ? La femme, son corps, ce qu’elle représente ? Si les yeux laissent place au cœur, alors le corps devient un support visuel pour accéder à l’essence divine d’une création de chair et d’esprit qui constitue chaque être humain. La femme engendre le futur. Son corps n’est que prétexte pour une méditation au-delà du réel, au-delà des mots.

 

“Le mystère de l’incarnation se répète en chaque femme ; tout enfant qui naît est un Dieu qui se fait homme.” Simone de Beauvoir

 

“La beauté : un être qui s'incarne. Un être qui se glisse dans la chair. Un être qui enveloppe la chair. Un être qui dévoile. Qui vêt de liberté, de grâce.” Jacques Renaud

 

Les Icônes : Une recherche sur les apparences.

 

L’image là encore n’est qu’un support, peut-être un leurre, surement un prétexte pour traverser le miroir et regarder l’autre côté. Que peut-on trouver ? Dieu, une divinité ? Simplement soi, sans artifice, tel que l’on est. Un plongeon dans l’inconnu d’un espace considéré comme trop connu… Mais se connait-on vraiment ?

 

« L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible.  »

Eugène Fromentin

Extrait du Les Maîtres d’autrefois 

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