« L’art de peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible.  »
Eugène Fromentin
Extrait du Les Maîtres d’autrefois


La Démarche


Le trait fait référence à une codification. Comme l’écriture qui codifie le son, le trait est le moyen de signifier la troisième dimension. Il manifeste les prémices du volume. Il est l’ossature discrète de cet art presque invisible qu’est la composition. Il rend visible l’idée. Il structure. Le dessin est alors une force d’affirmation de l’Homme par son tracé. La ligne s’impose comme la conduite du geste et de l’esprit.

Lorsque la lumière s’unit au trait, l’image peinte parait, chargée d’intentions. Elle devient histoire. Elle s’incarne…
Les œuvres de Delphine Manet sont des histoires chargées de symboles. Images troublantes, sensuelles ou imaginaires, elles sont issues d’un monde à la fois si proche et si lointain… Elles conservent vivantes les histoires, les légendes...
Le trait, le bâti se font prémices. A l’origine de sa composition, Delphine grâce au compas, à l’équerre et à la règle construit un espace symbolique sur sa toile. C’est à ce moment que pour la peintre, le sacré s’organise. Vient ensuite le sujet qui s’installe, laissant transparaître encore cette composition qui bientôt s’efface. Alors le voile de la couleur recouvre le tracé en deux dimensions pour promettre non pas la troisième dimension, mais un espace spirituel qui s’impose par l’absence de limite. La présence du sujet s’installe dans l’esprit. Le temps s’allonge, l’esprit s’égare à la recherche de symboles connus ou inconnus. Les chemins sont multiples et chacun peut trouver la voie qui lui est propre. L’image devient support, peut être un reflet de soi, ou pourquoi pas une lointaine histoire qui, sortie de la nuit des temps viendrait réveiller chez le «_regardeur_», l’envie de voyager dans un autre monde où spiritualité, symboles et histoires se laisseraient deviner…

Pour Delphine Manet le sens de l’image s’enrichit de la vie, le tableau provoque une émotion, un questionnement. Il est intemporel, construit au présent avec les connaissances que peuvent avoir laisser les anciens.

Les techniques :


Delphine Manet est une « cherchante ». Elle aime marier les techniques car pour elle, c’est le cheminement qui compte. Fortement influencée par l’iconographie, l’art médiéval et les vitraux, elle n’a de cesse que de traduire la lumière spirituelle. C’est par la superposition des couches de couleurs et de matières qu’elle y parvient. Pigments naturels, tempéra, acrylique, huile… les techniques se succèdent de la moins noble à la plus noble… Pinceaux, couteaux, chiffons, doigts, l’outil n’est que le prolongement de la main, de l’intention. Chaque geste, chaque action devient ainsi la promesse d’une progression de l’ombre vers la lumière.
La matière incarne, recouvre la composition, le sacré. C’est alors la couleur, la lumière, qui par de fins passages picturaux, vient sortir le sujet de l’embourbement matriciel… Une seule nécessité s’impose : l’impression d’une présence qui va naître de l’image.
Alors quelques clartés ponctuent l’espace et dirigent l’oeil, l’esprit… Certes pour donner du volume, mais avant tout pour inciter à regarder là où la noblesse du sujet peut toucher. Jeux incessants de formes et de matières, de couleurs et de traits. L’espace de la toile est un échiquier où chacun peut jouer une partie contre lui-même.

La toile devient reflet… Reflet du monde, macrocosme relié au tout. Reflet de la personnalité du peintre qui s’impose dans cette image à la fois impersonnelle et totalement intime. Reflet de l’autre qui, par son regard, reçoit l’image et peut à loisir la personnifier.

Alors la toile n’a plus de limite et vit au travers de l’esprit de celui qu’elle a touché.

L’enluminure, du latin « enluminare », mettre en lumière, en couleur des lettres, des traits, la toile…
 
La lumière modèle le volume, donne l’atmosphère et crée le ravissement. Elle est indissociable de l’obscurité et est investie du sacré dans la plupart des cultures.  Delphine Manet aime l’associer au trait.

Lorsque la lumière s’unit au trait, l’image parait, chargée d’intentions. Elle devient histoire. Elle s’incarne…

 

Les recherches de Delphine Manet s’articulent autour de trois voies :


•    Le Médiéval

“L’histoire est du vrai qui se déforme, la légende du faux qui s’incarne.” Henry Miller

•    Le corps féminin

“Le mystère de l’incarnation se répète en chaque femme ; tout enfant qui naît est un Dieu qui se fait homme.”
Simone de Beauvoir

•    Les Icônes

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